Oncle Vania, d’Anton Pavlovitch Tchekhov – création en cours

Mis en scène par Olivier Chapelet

L’histoire

Acte I

Le professeur Serebriakov et sa jeune épouse Elena se sont installés depuis un mois dans leur domaine à la campagne. Là vivent et travaillent Sonia et son oncle Vania, fille et frère de la première femme du professeur. Depuis leur arrivée, tout est sens dessus dessous : les horaires des repas sont bouleversés et tout le monde est tombé dans l’oisiveté. Vania montre une sorte d’animosité envers Serebriakov et témoigne de l’amour pour sa femme, laquelle repousse ses déclarations.

Acte II

Nuit d’orage. Serebriakov, insomniaque et hypocondriaque, tyrannise son entourage et se pose en victime. Il en vient presque à reprocher à sa femme sa jeunesse. Emmené dans sa chambre par sa fille et la vieille nourrice, il laisse Vania déclarer à nouveau sa flamme à Elena qui l’éconduit à nouveau. Un peu plus tard, Sonia tente d’avouer son amour à Astrov sans y parvenir. Elle se contente de se confier à sa belle-mère : les deux jeunes femmes se rapprochent grâce à quelques confidences et quelques verres de vin dans une maisonnée endormie.

Acte III

A la demande de Sonia, Elena questionne Astrov sur ses sentiments. Contre le cours de la conversation, ce dernier lui déclare son désir et l’embrasse avec fougue. Vania, un bouquet de fleurs pour Elena à la main, les surprend dans leur étreinte et en est complètement abattu. C’est alors que le professeur annonce à tous sa volonté de vendre la propriété, mettant de fait Sonia et Vania à la porte. L’amoureux éconduit s’emporte et tire plusieurs coups de pistolet sur son beau-frère, sans toutefois l’atteindre. L’assemblée est sidérée.

Acte IV

Serebriakov et sa femme sont sur le départ. La maison ne sera pas vendue. Astrov, avant de partir lui aussi, finit par convaincre Vania de lui rendre le flacon de morphine qu’il lui a dérobé pour mettre fin à ses jours. La vie reprend son cours après l’orage. Sonia console son oncle et lui promet une vie meilleure dans un au-delà qui marquera la fin d’une vie difficile : « Nous nous reposerons ! Nous entendrons la voix des anges ! Nous verrons le ciel s’illuminer et briller comme un diamant ! Nous verrons toute la méchanceté du monde, toutes nos souffrances noyées dans la miséricorde, et notre vie deviendra calme, tendre, douce comme une caresse. Je le crois, je le crois… »

 

La distribution

Avec

Alexandre Serebriakov : François Small
Elena Serebriakov : Anne-Laure Hagenmuller
Sonia Serebriakhov : Coline Chapelet
Oncle Vania : Fred Cacheux
Mickhaïl Astrov : Yann Siptrott
Ilia Tieleguine : Bruno Journée
Marina Timoeievna : Françoise Lervy

Mis en scène : Olivier Chapelet
Scénographie : Emmanuelle Bischoff
Costumes : Elsa Poulie
Lumière : Stéphane Wolffer
Musique et paysage sonore : Olivier Fuchs
Régies générale et son : Olivier Songy
Administration : Vinca Schiffmann
Communication – Diffusion : Margaux Ehret

 

La ligne artistique

Monter Oncle Vania est un vieux rêve, longtemps remis à plus tard pour différents motifs plus ou moins légitimes…

Au-delà des doutes personnels que chacun peut ressentir face à un spectacle à construire, la figure de Tchekhov se dresse au-dessus de moi comme une ombre imposante, plus imposante encore que celles des auteurs dont j’ai précédemment porté un texte à la scène. Il y avait pourtant parmi eux de sérieux monuments : Ibsen, Sénèque, Racine ou Fosse ! Peut-être étais-je inconscient à l’époque, et pourtant ni Bérénice ni Rêve d’automne ne remontent très loin en arrière. Alors quoi ?! Je ne sais comment expliquer ce qui m’impressionne tant dans le théâtre de Tchekhov. Est-ce la marque indélébile qu’il a laissée dans le théâtre occidental ? La liste des grands noms de la mise en scène qui se sont emparé de son œuvre ? Les souvenirs de mes débuts au théâtre bercés par la littérature russe, par le grand théoricien Stanislavski si proche de Tchekhov et, qu’ensemble, ils représentent comme les portes d’un temple lourd de sens et de symbolique ? Est-ce l’émotion que je ressens immanquablement à la lecture de chacune de ses pièces ? La crainte que j’ai de ne pas traduire avec suffisamment de force leur atmosphère si particulière, la subtilité des liens qui se tissent entre les personnages, la puissance théâtrale des silences, la nostalgie qui se répand comme un parfum qui ferait ressurgir le passé?

Pour garder le mystère sur toutes ces questions, pour ne pas les résoudre avant l’accomplissement du spectacle, pour qu’elles m’accompagnent sur le parcours qui commence et me maintiennent en alerte, je vais les laisser sans réponse aujourd’hui. Qu’importent d’ailleurs ces inquiétudes ? Je sais d’expérience qu’elles vont se dissiper au contact du texte à mesure qu’il me deviendra proche et familier, au contact de toutes celles et tous ceux qui vont m’accompagner dans ce nouveau défi, l’équipe de ce que j’appelle « le paysage à construire » (scénographie, costumes, lumières et son) et, dans plusieurs mois, celle des interprètes qui doivent être au moins aussi impatients que moi à l’idée de s’emparer de ce texte. Je sais que je peux compter sur eux pour aller d’un même pas vers la résolution des énigmes qui ne manqueront pas de se présenter à nous. Ils ont toute ma confiance, je me sens honoré de la leur, et je sais que c’est grâce à elle que nous trouverons la force, l’audace, l’enthousiasme d’être les serviteurs humbles et, je l’espère, éclairés de cet immense auteur.

Olivier Chapelet, 14 mars 2018.

 

L’auteur

Vie de Tchekhov

Né à Taganrog en Russie le 29 janvier 1860, Anton Pavlovitch Tchekhov étudie la médecine à l’université de Moscou et commence à l’exercer à partir de 1884. Se sentant responsable de sa famille venue s’installer à Moscou après la faillite du père, il cherche à augmenter ses revenus en publiant des nouvelles dans divers journaux. Le succès arrive assez vite, en même temps que les premiers effets de la tuberculose qui le contraint à de nombreux déplacements pour trouver un climat plus adapté à sa santé fragile.

En 1878 il écrit sa première pièce, dédiée à Maria Iermolova, une actrice renommée qu’il admire. Le texte ne rencontre aucun écho favorable à Moscou. Il ne sera connu que bien après sa mort par une première publication en 1923, sous le titre de Platonov.

C’est à l’approche des années 1890 que Tchekhov se consacre véritablement au théâtre. Après Ivanov et plusieurs courtes pièces en un acte, il publie L’Homme des bois qui, dix ans plus tard et une fois remaniée, deviendra Oncle Vania, l’une de ses plus célèbres pièces formant, avec La Mouette, Les trois sœurs et La cerisaie ce qu’on appellera la tétralogie.

Tout en refusant l’engagement politique, il se montre extrêmement sensible à la misère d’autrui. Il ouvre des dispensaires, soigne gratuitement les plus pauvres et favorise la création de bibliothèques. En 1890, malgré la maladie, il fait un séjour d’un an au bagne de Sakhaline pour témoigner des conditions d’existence des bagnards (L’île de Sakhaline, 1891).

Il se marie en 1901 avec Olga Knipper, actrice du Théâtre d’Art de Stanislavski, et meurt trois ans plus tard en Allemagne, dans une ville de cure, à l’âge de 44 ans. Il est enterré à Moscou, au cimetière de Novodevitchi.

André Maurois dira de lui : «Il est universellement admiré et c’est justice. Non pas à cause de la charpente dramatique, Tchekhov ne s’en souciait pas, tous ses sujets se résument en trois phrases : les gens sont malheureux, il n’y a pas de solution, ils gardent une espérance. Mais à cause de la qualité musicale : Tchekhov est le Chopin du théâtre ! Ses silences, ses pauses, ses reprises et, sur le plan visuel, ses demi-teintes, ses tendres aquarelles font un spectacle unique, le plus pur qui soit de toute vulgarité d’expression et de cœur.»

 

Les dates

Création du 5 au 15 novembre 2019 au TAPS Scala, Strasbourg